Élu municipal et départemental à Belfort, Bastien Faudot est porte-parole du MRC. Avec Emmanuel Maurel, qui vient tout juste de quitter le PS, il copréside « Nos causes communes », plateforme qui veut réunir la gauche républicaine.

Comment va le Mouvement Républicain et Citoyen ?
« Le MRC a perdu quelques centaines d’adhérents après le départ de Jean-Pierre Chevènement et nous comptons environ 2 500 militants. Cet essoufflement est relativement général à gauche et toutes les organisations anciennes, le Parti socialiste, le Parti communiste ou Les Verts le vivent. C’est le moment du reflux. D’où l’intérêt et la nécessité d’opérer une reconstruction. »

Sur des ruines ?
« Cela faisait des décennies que la volonté hégémonique du Parti socialiste neutralisait les initiatives et sclérosait les rapports de force, empêchant l’aggiornamento, la moindre remise en question. Il avait tissé sa toile sur le territoire de la gauche comme au temps féodal, avec des seigneurs qui décidaient localement de ce qu’il convenait ou pas d’accepter et de faire. On en était soit dépendant, soit tenu à l’écart. Que le PS ait été balayé rouvre des perspectives. Macron, en fusionnant les libéraux, en offrant un asile politique à ceux qui, au Parti socialiste étaient sur la même ligne et qui fossilisaient le PS, a rendu service à la gauche. Il a permis la refondation. Sans ce grand chamboule-tout de 2017 qui a précipité l’issue, et compte tenu de la lenteur de l’effondrement, cela aurait pu continuer un certain temps… »

Le macronisme est donc le déclencheur qui vous a tous libérés ?
« Je préfère dire l’étincelle car ça ne dure pas longtemps ! Oui, nous étions mûrs pour reconstruire… »

C’est la fin du MRC ?
« Le MRC a une histoire, celle de Gaulois réfractaires. Nous n’avons jamais cessé d’être un village d’Astérix entouré par les Romains. Il n’y a aucune utilité à le dissoudre aujourd’hui. Il va participer à la création d’une force politique nouvelle, rebâtir une gauche républicaine avec Emmanuel Maurel, Marie-Noëlle Lienemann et leurs amis, qui viennent de quitter le PS, puis avec Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise. Pour moi, souverainiste de gauche, c’est très enthousiasmant. »

La démarche n’est pas validée…
« Le conseil national du MRC en a lancé la préfiguration, à une majorité de 67 %. Mais oui, c’est au congrès convoqué les 1er et 2 décembre qu’il appartiendra de l’officialiser. Il y aura deux motions en lice, celle qui nous engage sur la voie de l’union et une seconde qui veut que le MRC reste un acteur politique autonome. Je suis convaincu que c’est notre ligne qui l’emportera. »

Cette stratégie prévoit deux étapes. La première, c’est la création de cette nouvelle force…
« Ce rapprochement se fait avec celles et ceux qui appartenaient jusqu’alors à l’aile gauche du PS. Le congrès constitutif se tiendra au premier trimestre 2019. À la mi-octobre, nous avons déposé les statuts de notre plate-forme, « Nos causes communes ». C’est une association loi de 1901 avec deux coprésidents, Emmanuel Maurel et moi, Jean-Luc Laurent restant par ailleurs le patron du MRC. »

Ce qui vous réunit, c’est qu’ils ont claqué la porte du PS comme Chevènement autrefois ?
« Jean-Pierre a été le premier à dire non, en 1983 au gouvernement puis dix ans après, au PS ! Chevènement était une sorte d’insoumis, même si je ne suis pas trop sûr que le terme lui convienne. Il y a deux sortes de politiques. Ceux qui n’hésitent pas à démissionner quand l’action menée est contraire à leurs valeurs et ceux qui seraient prêts à tuer père et mère pour devenir sous-secrétaire d’État. Ces adeptes du mercato sont les plus nombreux, on le voit encore avec Didier Guillaume qui présidait le groupe socialiste au Sénat et vient d’être nommé ministre. Cela illustre la porosité politique et idéologique du PS. Les départs se sont effectués en trois vagues, pour l’essentiel liés à des désaccords de fond sur l’Europe : en 1993, avec Chevènement, en 2008 avec Mélenchon et en 2018, avec Maurel et Lienemann. Il est donc logique de nous rapprocher. »

Le retour à la première gauche…
« Les sillons de chacun sont différents, mais c’est un peu ça. Mélenchon, c’est la Gauche socialiste, Maurel, c’est Poperen, Chevènement… c’est Chevènement ! »

Ce qui exclut Benoît Hamon…
« Lui, c’est la deuxième gauche, un bébé Rocard, un fédéraliste à la trajectoire plus sinueuse… »

Qui sera candidat MRC aux élections européennes ? Vous ?
« Notre accord politique devra se traduire sur la liste de la France Insoumise afin de fédérer la gauche du non. Pour le MRC, j’en serai. Au-delà, l’objectif est d’avoir une candidature unique à la présidentielle… »

Avec Jean-Luc Mélenchon, malgré les polémiques ?
« Seules les idées doivent guider notre action et non le tumulte des événements ou des images. Cela ne change en rien notre volonté de construire une alternative solide aux côtés de la France Insoumise car nous avons de vrais accords de fond. Les Français attendent une perspective à gauche. Là est notre tâche. Nous n’en dévierons pas. »

Dans « L’Est Républicain-Belfort » : Bastien Faudot (MRC) milite pour « une gauche républicaine »